Pourquoi je Build-In-Public et Comment je transforme ma terreur existentielle en stratégie de communication




Sous-titre alternatif : Anatomie d'une crise d'angoisse en temps réel, sponsorisée par mon syndrome de l'imposteur

Il est 8h42 un lundi matin ordinaire. Je fixe mon écran vide depuis exactement douze minutes. Mon café entame sa mutation de "réconfort liquide" à "déception tiède". Dans ma tête, un débat parlementaire fait rage entre deux voix que je connais trop bien :

La voix de la raison (elle porte des lunettes imaginaires et un petit costume) : "Allez, Laure, publie cet article sur ton avancée de la semaine. Les gens adorent voir les coulisses. C'est authentique. C'est humain. C'est exactement ce que tu demandes dans ta charte de communication."

La voix du chaos (elle ressemble étrangement à Gollum après une nuit blanche dans une taverne sale, agrippant son précieux clavier)
"TU ES SACRÉMENT FOLLE, OUI, OUI ? Et si un vrai développeur, un vrai, il tombe sur ton article, oui, et il découvre, le vilain, qu'on confond encore Docker et docker-compose, hein ? 
HONTE, HONTE SUR NOUS ! Et si quelqu'un réalise, oui, réalise que nous avons passé deux heures, DEUX HEURES, mon précieux, sur un bug parce qu'on était dans le mauvais fichier .tsx, hmmm ? 
ILS VONT RIRE, ILS VONT SE MOQUER, OUI ILS VONT ! 
ET SI PERSONNE NE LIT, HEIN, HEIN ? ET QU'ON DEVIENT OFFICIELLEMENT LA PERSONNE QUI PARLE TOUTE SEULE DANS LE VIDE INTERSIDÉRAL D'INTERNET, TOUTE SEULE AVEC SON PRÉCIEUX CODE QUI MARCHE PAS, GOLLUM, GOLLUM ?"

Bienvenue dans ma vie de créatrice qui a décidé de "build in public".

Spoiler : je ne suis pas sûre d'avoir pris la bonne décision.

 Le jour où j'ai perdu la raison (septembre 2025, une date qui vivra dans l'infamie)

Quelque part entre le début de ma formation CDA IA et aujourd'hui, j'ai eu ce qu'on pourrait charitablement appeler "une idée". Vous connaissez, ce genre d'idée qui vous réveille à 5h17 du matin avec cette étincelle divine, mais qui ressemble dangereusement à une crise existentielle déguisée en révélation entrepreneuriale.

L'idée : documenter publiquement, en temps réel, avec une transparence complètement masochiste, la création d'Immers'Write.

Pas juste les victoires écrasantes (que je n'ai pas encore, au cas où vous vous poseriez la question). Pas juste les screenshots Instagram-friendly savamment mis en scène (que je n'ai pas non plus, et puis franchement, un terminal qui affiche des erreurs Python, c'est pas très rococo). 

Non. Tout.

Les bugs qui me font pleurer dans mon café. Les APIs qui me narguent avec leurs codes d'erreurs. Les moments où je demande à mon petit Claude "Pourquoi Docker refuse de dockeriser mon image sur mon VPS ?" pour découvrir que je ne suis pas dans le bon répertoire. Encore. Pour la quatrième fois de la semaine.

Pourquoi faire ça ?

Excellente question. J'ai 36 ans, un diplôme à préparer pour avril 2027, trois livres publiés mais non communiqués dans un tiroir, et apparemment une envie irrépressible de transformer mon parcours en reality show technologique dont personne n'a demandé la production.

Ma thérapeute dit que c'est "courageux". Ma famille pense que c'est "original". Moi, je soupçonne que c'est une forme sophistiquée d'auto-sabotage déguisée en stratégie de communication.

 La philosophie du "Build in Public" : c'est l'art de stresser en Full HD 4K

Le principe est simple : au lieu de créer mon projet dans le secret de ma grotte de développeuse pendant 18 mois pour ensuite faire un "TA-DAAA !" triomphal et des confettis...

Je partage tout. En temps réel. Avec les fautes de frappe. Et les moments de doute. Et les cheveux décoiffés parce que je n'ai pas eu le temps ce matin.

Les avantages théoriques (selon les gourous de Twitter et Reddit... ah, Reddit)
  • Créer du lien avec ma future communauté
  • Recevoir des feedbacks précieux
  • Prouver que je suis une vraie humaine et pas un algorithme hyper-productif
  • Documenter mon apprentissage pour aider les autres
  • Développer ma "personal brand" (oui, on dit ça maintenant)

Petit détail croustillant : Reddit m'a bannie. Deux fois. DEUX FOIS.

La première fois, j'ai naïvement pensé : "Oh, j'ai dû mal comprendre les règles obscures de r/webdev, ça arrive."

La deuxième fois, j'ai entendu la voix de Gollum ricaner dans ma tête : "ON TE L'AVAIT DIT, OUI, ON TE L'AVAIT DIT, MON PRÉCIEUX ! 

Ils n'aiment pas qu'on parle de notre projet, non, non, ils appellent ça du SPAM, du vilain SPAM ! GOLLUM, GOLLUM !"

Est-ce un signe ? Est-ce le karma cosmique qui me dit gentiment "ma chérie, Reddit n'est pas fait pour toi" ? 

Ou est-ce simplement que les modérateurs de Reddit ont développé une allergie spécifique à ma motivation débordante ?

Mystère.

(Spoiler : Gollum avait raison. Il a toujours raison. C'est insupportable.)

Les avantages réels (testés, approuvés, et parfois bannis par moi-même)
  • Me forcer à avancer parce que, bon, j'ai dit publiquement que je le ferais, et maintenant une poignée de personnes sur LinkedIn me regardent (et Reddit ne me regarde plus, mais c'est une autre histoire)
  • Transformer ma procrastination légendaire en "stratégie de communication réfléchie et intentionnelle" (même si cette stratégie m'a valu deux bannissements, au moins j'ai essayé)
  • Avoir une excuse socialement acceptable pour parler de mon projet H24 ("Non maman, je ne suis pas anti-sociale, c'est du community management... )
  • Créer un historique documenté qui me permettra, dans six mois, de réaliser à quel point j'ai progressé (ou pas, on verra)... 

Le vrai secret du build in public ? Montrer ses vraies failles.

Pas les failles Instagram-friendly. Les vraies. Celles qui donnent envie de supprimer tous ses comptes et d'élever des chèvres dans le Larzac.

Comme passer deux heures à débugger un design responsive pour réaliser qu'on était dans register.tsx au lieu de login.tsx.

Ou poster sur LinkedIn sans titre. Juste du contenu flottant dans le vide cosmique.

Ou se faire bannir de Reddit. Deux fois.

Mon emploi du temps réel (pas celui d'Instagram)

8h30 : Bureau. Café. Douze onglets ouverts : blog, LinkedIn, Facebook, Confluence, Jira, Reddit (banni, on se souvient).

9h00-12h30 : Alternance "JE SUIS UN GÉNIE" / "je vais devenir eleveuse de chèvres".

12h30-13h30 : Je mange. Dehors. Avec de vrais légumes.

13h30-16h30 : Code. Bugs. Pleurs devant PostgreSQL.

16h30 : EXTINCTION. Vie réelle activée.

Weekend : Zéro code. Ma santé mentale applaudit.

Choquant ? Une créatrice qui ne sacrifie pas son sommeil sur l'autel du rêve entreprenarial ? Direction l'enfer entrepreneurial.

Les trois règles (apprises à mes dépens)

Règle n°1 : Publier > Perfectionner

23h47 dimanche : "Cet article manque trois exemples, deux métaphores..."

Minuit moins treize : "Tu as promis deux articles par semaine."

Résultat : L'article "imparfait" cartonne. Les posts "parfaits" pourrissent dans les brouillons.

Règle n°2 : On suit une personne, pas une stack technique

Personne ne se réveille en pensant : "Tiens, je vais suivre une plateforme FastAPI/Next.js/PostgreSQL !"

Mais "une femme de 36 ans qui plonge dans le code, se fait bannir de Reddit et documente tout" ? Ça, ça parle.

Règle n°3 : Le syndrome de l'imposteur ne disparaît jamais

Il devient juste ce pincement avant de cliquer sur "Publier".

Et on clique quand même.

Parce que j'ai 36 ans, trois livres dans un tiroir, et plus le temps pour les projets secrets.

Pourquoi c'est terrifiant

  1. Quelqu'un pourrait voler mon idée (bonne chance pour recréer mon chaos)
  2. Un expert pourrait me corriger (spoiler : ils sont gentils)
  3. Je pourrais échouer publiquement (ça devient du contenu premium)
  4. Les gens pourraient s'en foutre (le vrai cauchemar)
  5. Je pourrais me faire bannir (ah non, déjà fait. Deux fois.)

Pourquoi je le fais quand même

Parce qu'Immers'Write est mon cheval de Troie pour sortir de l'ombre.

Pendant des années : trois livres cachés, des univers créés en secret avec l'IA, zéro partage.

Maintenant : build in public. Imparfait. En construction. Visible.

Les moments magiques :

  • "Ton article m'a débloqué, merci !"
  • Relire mes posts et réaliser : "Putain, j'ai progressé."
  • Une personne inconnue : "Hâte de tester, ton parcours est inspirant."

(Même Reddit ne peut pas m'enlever ça.)

Mon contrat avec moi-même

  • Deux articles/semaine. Point.
  • 8h30-16h30, lundi-vendredi. Point.
  • Weekends off. Ma santé mentale avant l'algorithme.

Build in public ≠ vivre in public 24/7.

Le message

Si vous avez un projet qui vous brûle : montrez-le quand même.

Imparfait. Bancal. Avec des bugs.

Quelque part, quelqu'un attend exactement ça.

Mais cette personne ne vous trouvera jamais si vous restez caché derrière votre "c'est pas encore prêt".

Spoiler : ça ne sera jamais prêt.

Épilogue

16h28. Je ferme cet article. Je vais vivre.

Mais d'abord, je clique sur "Publier".

Terrifiant. Libérateur. Promis.

Et Gollum peut bien ricaner dans un coin.

P.S. : Suivez l'aventure sur immerswrite.blogspot.com. Code (parfois), bugs (souvent), autodérision (toujours).

P.P.S. : Non au weekend coding. Non-négociable.

P.P.P.S. : Reddit, si tu me lis : c'était PAS du spam, c'était de la motivation ! Nuance.

Immers'Write – "Where words become worlds" (et où Gollum avait raison)

 

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